Des études de droit et d’architecture à la fondation d’un sanctuaire pour animaux Sauvages.
Delphine, comment a commencé ton intérêt pour les animaux et la PA?
D’aussi loin que je me souvienne, les animaux ont toujours pris une place énorme dans ma vie, mon premier souvenir est un chien! J’ai passé une partie de mon enfance à l’étranger, dans un pays où les lois sur la détention d’espèces dites « exotiques » sont différentes. J’ai pu côtoyer très tôt des espèces atypiques et sauvages. Déjà très jeune, j’étais toujours dehors à observer et à récupérer des petits animaux en détresse. Je crois que tout cela a énormément influencé le cours des choses !
Ensuite, quand j’avais 18 ans, il y a eu Ixia, une husky croisée loup qui est entrée dans ma vie. Elle a été ma meilleure amie pendant 17 ans et mon premier amour, la première sauvage à partager ma vie.
Je fais partie de ces gens qui se sentent à leur place et très à l’aise avec les animaux. Plus qu’avec les gens, je ne pense pas l’avoir choisi, c’est juste ainsi. Je suis très concernée par le sort et la place que l’humain accorde aux animaux et à la nature, il m’est impossible de détourner le regard quand il faut en aider un.
Hormis cela, rien ne me destinait à prendre le chemin sur lequel je suis aujourd’hui. J’ai fait des études de droit et d’architecture, donc une direction éloignée de celle de la faune. Je dirais que c’est plutôt une succession de hasards et « d’accidents » qui m’ont conduite ici. On pourrait même dire que le karma m’a remise dans la bonne direction !
Ton parcours, ton refuge et tes projets ?
Au cours de ma vie, j’ai été amenée à faire des rencontres animales qui ont quasiment toutes été des sauvetages. Lorsque j’avais 15/16 ans, j’ai eu des furets, aujourd’hui j’ai à peu près 35 ans de furet derrière moi. Je n’en possède malheureusement plus, mais qui sait ce que la vie m’apportera ! Au fil des années, avec les réseaux sociaux et les forums, je suis devenue malgré moi une personne de référence que l’on contactait pour des problématiques diverses : comportement, santé, etc. On m’a beaucoup sollicitée pour des sauvetages et, y étant très sensible, j’ai toujours accepté. Dans la continuité sont arrivés les mouffettes et les visons. J’ai adopté ma première mouffette il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui je n’en ai plus que 3, dont 2 issues de sauvetages, et bientôt d’autres arriveront au sanctuaire. Dans la foulée, avec mes amies, nous avons monté notre propre association dédiée aux mouffettes. Il n’y a heureusement que très peu de mouffettes en France, donc les sauvetages ne sont pas fréquents mais restent essentiels.

Les visons, eux, sont arrivés après. Leur détention est interdite car c’est une espèce exotique envahissante.
Mais je dirais qu’un des événements majeurs a été le jour où une amie a trouvé deux jeunes mâles ratons laveurs en détresse dans une forêt de l’Oise. Aucune association n’a voulu les prendre en charge. Un des ratons a été adopté. Me concernant, dans la mesure où j’avais des connaissances sur cette espèce, j’ai fini par aller chercher son frère. Je savais que c’était strictement interdit d’en détenir en tant que particuliers en France, mais il était hors de question qu’il soit euthanasié. Je l’ai fait vacciner, stériliser pour être le plus possible dans les règles. Un an plus tard, j’ai recueilli son frère qui a finalement eu besoin d’une nouvelle maison, puis une petite demoiselle suivie d’une autre. Tous étaient des bébés mal en point trouvés dans la nature, ils n’étaient pas issus de trafic.
Je vivais avec ce secret et la peur qu’ils me soient retirés puis euthanasiés. Quelques temps plus tard, une personne mal intentionnée m’a dénoncée. J’ai eu la visite de l’OFB et j’ai failli les perdre. Mais grâce à mon sérieux, mon expérience, mon acharnement pour les sauver et beaucoup de chance, la DDPP a décidé de me faire une dérogation et j’ai eu l’opportunité de me mettre en règle en passant les certificats de capacité et les AOE pour les ratons laveurs, les visons américains et les mouffettes rayées. J’étais soulagée, ils étaient sauvés ! Dans l’enchaînement, j’ai pu acquérir une petite ferme et la DDPP du département m’a donné le statut de refuge. À ce jour, avec toutes les autorisations et selon la réglementation, j’accueille : mouffette, raton laveur, vison américain, chien, chat, nac, poules, oies, oiseaux.
Je vais prochainement passer les certificats pour le renard, blaireau et ensuite ce sera le capa loups et hybrides. Il faut savoir que l’on manque cruellement de structures pour les accueillir eux aussi.

J’ai un attachement tout particulier pour les dits nuisibles, les envahissants, les mal aimés ou les exploités. Ils ne sont nuisibles que selon nos critères économiques ou culturels, les envahissants ne sont pas arrivés là par hasard. Les « nuisibles » sont extrêmement utiles au cycle de la vie, nous seuls sommes responsables des dégradations des milieux naturels et les seules solutions que nous envisageons sont barbares et cruelles alors qu’il existe des alternatives bien plus efficaces (campagnes de stérilisation, ne plus détruire leur habitat naturel et simplement laisser la nature s’auto-réguler, etc.)
Je vais continuer à accueillir ceux qui ont besoin, sauvages ou non, et pour les projets plus concrets, construire le parc extérieur des ratons laveurs, celui des chiens loups qui vont bientôt arriver et aussi fusionner l’asso mouffettes avec le sanctuaire des petits sauvages pour le côté administratif !
Ce que ça t’apporte ?
L’impression d’être simplement et enfin à ma place. Malgré le manque de temps, de moyens et toute l’énergie que cela demande, je n’échangerai cette vie pour rien au monde. On me dit souvent que je ne peux pas tous les sauver, j’en ai parfaitement conscience, je fais ce que je peux comme beaucoup d’autres structures. Je rappelle que nous ne faisons que récupérer et assumer les conséquences de la bêtise humaine.

Le message que tu aimerais faire passer?
Réfléchissez, renseignez vous sur les besoins des animaux avant d’adopter. Ne succombez pas aux modes. Vous adoptez du vivant, pour des années et jusqu’à la fin de leur vie. Aujourd’hui, on a très facilement accès aux informations et pourtant la méconnaissance est encore très répandue. Les aimer c’est très bien mais respecter leur nature et leurs besoins c’est la clé. C’est la seule manière pour pouvoir vivre en harmonie avec eux. J’ajouterai, adoptez en refuges, donnez des secondes chances, c’est magique !
Et surtout soyez bienveillants avec toutes les créatures de ce monde.
Nous sommes censés être l’animal le plus évolué de cette petite planète et à ce titre, on devrait en être les gardiens et les protecteurs.

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