Des survivants, le cœlacanthe et le poisson-lapin rayé
Un poisson « préhistorique » et une chimère
Le cœlacanthe
En 1938, Marjorie Courtenay-Latimer est la conservatrice du musée sud-africain d’East London. Le 22 décembre de cette année-là, elle reçoit un appel lui mentionnant qu’un poisson rare vient d’être découvert. Elle se rend donc au port et observe la prise du pêcheur Hendrik Goosen. Mesurant cinq pieds, bleuté, taché de blanc avec un reflet argent-bleu-vert, le poisson présente de dures écailles, a quatre nageoires ressemblant à des membres et une queue étrange. Intriguée, M. Courtenay-Latimer l’emporte au musée, mais ne parvient pas à l’identifier, elle contacte alors l’ichtyologiste James Leonard Brierley Smith par lettre et y joint un croquis du poisson, puis envoie celui-ci chez un taxidermiste pour le préserver. J. L. B. Smith l’identifie aussitôt; c’est un cœlacanthe, une espèce que l’on croyait éteinte depuis 65 millions d’années! Celui que l’on qualifiera de « fossile vivant » sera officiellement baptisé Latimeria chalumnae en l’honneur de celle qui l’a découvert et de la rivière Chalumna où ce premier exemplaire fut capturé. Ce n’est que 14 ans plus tard qu’un deuxième spécimen est pêché, bien que Smith ait pourchassé le poisson dans tous les ports de la région. Depuis, une deuxième population de cœlacanthes a été découverte aux Comores, quelques-uns provenant également de Madagascar ou de la Côte africaine. Mesurant entre 1,50 et 2 mètres, le cœlacanthe pèse en moyenne entre 65 et 110 kg. Possédant les restes d’un poumon et des nageoires en amorces de pattes, on estime qu’il peut vivre jusqu’à cent ans. Habituellement, il circule entre 200 à 400 m de profondeur. Une autre espèce de cœlacanthe a été découverte en eaux indonésiennes en 1977 et baptisée Latimeria menadoensis. Laurent Ballesta, biologiste et plongeur, a été le premier, en 2010, à filmer des cœlacanthes vivants en milieu naturel. Pêché sans retenue, et fragile aux variations environnementales, le cœlacanthe est, à l’heure actuelle, sur la liste des espèces menacées.
Le poisson-lapin rayé
Mais ce poisson n’est pas le seul survivant d’une époque éloignée, en 2001, deux chercheurs brésiliens découvrent, au large des côtes de Rio de Janeiro, un poisson dont l’origine remonterait à plus de 150 millions d’années! Baptisée Hydrolagus Matallanasi, du nom du scientifique espagnol Jesus Matallanas (chercheur à l’Université autonome de Barcelone), cette « chimère » est aussi appelée poisson-lapin rayé. Il s’agit d’un poisson cartilagineux évoluant à une profondeur de 400 à 750 mètres. Il n’aurait subi à peu près aucune évolution depuis la préhistoire et affiche sur la tête une sorte de crochet couvert de petites épines, porté uniquement par les mâles. Long de 40 cm, le poisson-lapin rayé possède des nageoires pectorales en forme d’ailes, une nageoire dorsale pointue ainsi qu’une longue queue en fouet. Sur les flancs de son corps se trouvent des nerfs qui lui permettent de voir dans l’obscurité, de percevoir les rayonnements électromagnétiques émis par d’autres créatures marines et de circuler en eaux profondes, constituant ainsi un modèle d’adaptation fascinant. Son squelette est composé, en majeure partie, de cartilage comme les requins et les raies. Des fossiles de cette espèce datent de 10 à 180 millions d’années et sa découverte, comme le mentionnait Jules Soto, conservateur du Musée océanographique de l’Université de Vale do Itajai, se compare à avoir trouvé un tyrannosaure rex au fond de l’océan.
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