Et si la liberté de nos compagnons était aussi intérieure ?
Nous pensons souvent offrir la liberté à nos animaux en leur donnant de l’espace, du mouvement et de la sécurité.
Mais que se passe‑t‑il en eux alors qu’ils n’ont pas ou plus à survivre ?
Que deviennent leurs pensées, leurs rêveries, leur intériorité ?
Une simple scène vécue avec Isky, l’un de mes chiens, a ouvert en moi une question inattendue : et si une part importante de la liberté, pour nos compagnons, ne se jouait pas seulement dehors, mais aussi dedans ?
Et si, à travers le calme, l’oisiveté et l’absence de danger, ils accédaient à un monde intérieur que nous ne soupçonnons pas ?
Isky est un superbe Podenco Ibicenco au regard profond et à l’âme un peu vagabonde.
Il a cette manière bien à lui de s’absenter du monde, de se laisser glisser dans une forme de rêverie qui semble l’emporter loin de nous.
Un jour, alors qu’il était immobile au jardin, le regard perdu dans un horizon que je ne voyais pas, je me suis approchée de lui.
Je n’ai pas fait particulièrement attention à ma discrétion. Je marchais normalement, dans le bruit du quotidien.
Et pourtant, lorsque ma main s’est posée sur son flanc, il a sursauté comme s’il revenait d’un voyage lointain.
Il m’a regardée avec cet air étonné qui semblait dire : « Mais qu’est-ce que tu fais là ? J’étais ailleurs… »
Ce moment m’a marquée.
Il a ouvert une brèche dans ma manière de penser la liberté que nous offrons à nos compagnons. Nous parlons souvent de liberté en termes très concrets : courir, explorer, renifler, rencontrer d’autres chiens, choisir leur rythme. Mais si la liberté ne se limitait pas à l’espace physique ?
Et si elle ouvrait aussi la porte à quelque chose de plus intime, de plus subtil : leur monde intérieur ?
Dans la nature, la survie occupe tout l’espace mental. Il faut repérer, anticiper, fuir, chasser, se protéger.
« Vigilance constante ! » (Vous avez la réf? 😉)
Dans ces conditions, que reste‑t‑il pour rêver ? Pour se laisser aller à une forme de contemplation ? Pour explorer des sensations, des émotions, des images qui ne servent pas immédiatement à survivre ?
Lorsque nos compagnons vivent dans un environnement sécurisé, aimant, stable, ils n’ont plus à mobiliser toute leur énergie pour rester en vie. Alors une question se pose, doucement, presque timidement : que se passe‑t‑il dans leur esprit lorsque nous leur offrons la possibilité de se relâcher ?
Que vivent‑ils dans ces moments où ils semblent s’absenter du monde, comme Isky ce jour‑là au jardin ?
Suite à un article d’une éducatrice, une autre réflexion s’est imposée à moi : l’importance, pour eux, d’apprendre à ne rien faire (et oui, c’est fondamentale, aussi bien en notre présence ou qu’en notre absence !).
Nous avons tendance à projeter sur nos animaux nos propres rythmes, nos besoins d’activité, notre manière d’occuper le temps. Pourtant, certains des moments les plus précieux pour eux sont peut‑être ceux où ils peuvent simplement exister, sans sollicitation, sans attente, sans stimulation permanente.
Ces instants où ils s’allongent, somnolent, observent vaguement, ou semblent flotter dans un espace intérieur qui leur appartient.
Et si ces moments de “ne rien faire” étaient justement la porte d’entrée vers ce monde intérieur que j’évoquais plus tôt ? Si le fait d’être libéré de toute contrainte, de toute vigilance, de toute injonction à réagir, leur permettait d’accéder à des états de conscience plus subtils, plus profonds ? Peut‑être que, dans ces parenthèses de calme, ils explorent des sensations, des souvenirs, des images, des émotions qui n’auraient jamais pu émerger dans un contexte de survie.
Peut‑être que la liberté que nous leur offrons ne se mesure pas seulement en mètres carrés ou en kilomètres parcourus, mais aussi en minutes de paix intérieure.
Ces moments de “ne rien faire” ne sont pas un vide.
Ils sont un espace.
Un espace où quelque chose peut se déployer, se révéler, se construire. Un espace où l’animal peut être pleinement lui‑même, sans pression, sans attente, sans danger.
Un espace où il peut rêver, pas des rêves succins, entrecoupés, des rêves profonds, structurés, …
Nous savons aujourd’hui que les animaux ressentent, mémorisent, imaginent, anticipent. Nous savons aussi qu’ils rêvent.
De quelle nature sont alors ces rêves?
Pourquoi pas une vie intérieure plus riche que ce que nous avons longtemps supposé ?
Pourquoi pas une forme de liberté psychique, rendue possible uniquement parce qu’ils ne sont plus en état d’alerte permanente ?
Si cette hypothèse est juste (même un peu, même partiellement) cela change notre manière de les accompagner.
Nous ne leur offrons pas seulement un jardin, mais un espace d’être.
Nous ne leur offrons pas seulement de la sécurité, mais un droit à l’intériorité.
Nous ne leur offrons pas seulement du confort, mais la possibilité d’exister autrement, de se retrouver, de s’inventer.
Ici, je ne fais que poser la question, sans certitude, sans prétention, simplement comme une invitation à regarder nos compagnons autrement :
Et si la liberté que nous leur offrons leur permettait d’explorer un monde intérieur qu’ils n’auraient jamais pu approcher en conditions de survie ?
Et si, en les protégeant, nous leur offrions aussi la possibilité… de rêver ?
Le prendre en compte, c’est aussi l’intégrer pleinement dans nos quotidiens avec eux.
Je laisse cette réflexion ouverte, comme un chemin à parcourir ensemble, avec eux.
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