Jugeons l’insécurité, pas le choix des femmes
Dans un contexte où l’insécurité publique est subie au quotidien par de nombreuses femmes, l’adoption de chiens de type malinois ou rottweilers devient parfois une réponse dissuasive à la peur de l’agression. Plutôt que de trop rapidement juger ce choix, il serait plus pertinent de se questionner sur les raisons profondes d’une telle insécurité et d’envisager des solutions collectives afin que cette décision n’ait plus de raison d’être à leurs yeux.
On fait un peu trop souvent le procès des femmes qui vivent seules et qui prennent un jour la décision d’adopter un malinois ou un berger allemand pour se protéger. Et en cas de problème, on les accusera de mal avoir choisi leur chien, de s’être montrées légères et inconscientes. On leur opposera que ce genre de chiens demande de l’expérience. On leur dira que ces chiens ne sont (soi-disant) jamais mieux qu’avec un homme.

La légèreté n’a pas fait partie de la décision. Elle en est plutôt la grande absente.
Quand les femmes ne craindront plus de sortir faire leur jogging ou d’aller acheter leurs cigarettes le soir, elles ne ressentiront plus le besoin de se protéger en sortant avec un malinois. Il s’agit pour la société dans son entièreté de bien saisir à quel point le niveau d’anxiété et d’insécurité peut motiver une telle décision. Le choix est rarement anodin. Loin d’être un caprice, il est un révélateur d’un contexte social marqué par l’insécurité quotidienne et la peur de l’agression dans l’espace public.
L’insécurité banalisée.
Il n’est plus à démontrer que le harcèlement de rue, les agressions sexuelles et les comportements intrusifs sont subis par les femmes du fait des hommes. Cette insécurité banalisée leur fait éviter certains lieux, modifier leur itinéraire, rentrer plus tôt, changer de tenue pour garantir leur propre sécurité. L’adoption d’un chien de garde s’inscrit dans ce répertoire de stratégies d’autoprotection. Dans ces conditions, la stigmatisation du choix de l’adoption d’un chien de garde par une femme qui vit seule est un peu facile. Juger permet surtout de ne pas comprendre le problème et d’occulter que la responsabilité dans le maintien d’un climat d’insécurité est collective. Le droit à la sécurité dans l’espace public n’est pas aléatoire selon le genre.

Un signal d’alarme
Ces adoptions massives de chiens protecteurs par des femmes devraient être vues comme un signal social. Si tant de femmes estiment avoir besoin d’un tel rempart, c’est que le climat sécuritaire perçu est alarmant. Et plutôt que de juger ce recours, la société gagnerait à se demander pourquoi une femme se sent plus en sécurité avec un rottweiler qu’avec la police ? Que nous dit ce choix sur la manière dont la vie dans nos espaces publics est vécue par les femmes ?
En définitive…
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si l’adoption d’un chien de protection est légitime, compulsive ou disproportionnée, mais de comprendre que ce comportement découle d’un sentiment d’insécurité structurel, pas d’une lubie individuelle. Le jour où une femme pourra courir le soir sans craindre l’agression, le jour où on ne lui reprochera plus d’être sortie en short, l’adoption d’un malinois perdra sa raison d’être à ses yeux. Ce n’est donc pas forcément un problème lié à la législation dans le monde cynophile. C’est surtout un révélateur sociologique : tant que notre société ne trouvera pas le moyen d’assurer une égalité réelle dans la sécurité des espaces publics, ce choix restera une réponse individuelle à une faille collective.
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