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L’animal féministe : La puissance et l’autonomie des femelles

L’animal féministe : La puissance et l’autonomie des femelles

Grâce à une nouvelle génération de chercheurs et au nombre croissant de femmes dans le monde patriarcal de la science, nous découvrons que les animaux n’obéissent pas à notre schéma de société binaire. Loin du mâle conquérant protégeant sa femelle timorée au milieu de sa marmaille, se révèle un monde tout en nuance et en diversité où tous les modèles se côtoient : mâles tendres et faibles, femelles fortes et violentes. Pour sauver leur peau et celle de leurs petits, ces dernières ont développé des stratégies de survie, indépendance, autonomie, union, sagesse…. Une source d’inspiration.

Capture-decran-2025-10-31-220636 L’animal féministe : La puissance et l’autonomie des femelles

Autonomes : quand je veux ….

Bien souvent, monsieur propose et madame dispose.  Il lui faudra beaucoup d’énergie, d’inventivité et de coriacité pour attirer l’attention des femelles. Il fera le beau, roucoulera, construira les plus beaux nids ou montrera ses muscles pour lui prouver qu’il pourrait être un bon géniteur pour ses futurs bébés.

Mais au cours de l’évolution, de nombreuses femelles sont devenues autonomes pour gérer elles-mêmes leurs reproductions :

  • La spermathèque est une poche dans laquelle de nombreuses femelles poules, insectes amphibiens ou araignées stockent les spermatozoïdes des différents mâles avec lesquels elles copulent. Elles les gardent parfois plusieurs années, jusqu’au jour où leur condition physique, la nourriture, la météo sont favorables. Elles décident alors de fertiliser leurs ovocytes pour devenir mère. Le record connu : une fourmi qui les a gardés 30 ans !
  • La parthénogenèse est un procédé́ chimique qui permet à certaines femelles de se reproduire seules et de se passer des mâles. Une tactique fréquente chez les insectes, mais que l’on observe aussi chez des oiseaux ou les requins.

… et avec qui je veux !

Libres sexuellement, ce sont elles qui choisissent. Quand c’est le bon moment et si le mâle leur plaît. D’ailleurs pourquoi le mâle ?

  • Être fidèle ? Pourquoi faire ? La fidélité des animaux est encore une idée fausse que nous avons eu en tête durant des siècles pour nous rassurer. Mais en réalité elle est rare. Car au fond à quoi ça sert ? Il est beaucoup plus intéressant de papillonner pour récolter une belle variété de spermatozoïdes afin d’offrir toutes ses chance à sa future progéniture. Nous découvrons que la vraie monogamie, celle du couple uni pour la vie, concernerait moins de 7 % des espèces connues (les loups, perroquets, cygnes, tourterelles, chouettes, castors, gibbons…)
  • Stratégies anti-viol. Si certains mâles sont réputés pour leur brutalité comme les canards colvert ou les dauphins, chez la grande majorité des autres, les femelles savent se défendre contre les mâles trop insistants. Allez violer une louve ou une jument ! Vous risquez de prendre cher entre morsures et coups de sabots. Mais d’autres femelles moins armées ont opté pour des stratagèmes étonnants comme la taupe. Madame n’est pas une femmelette avec ses pattes puissantes pourvues de grosses griffes pour creuser la terre et elle devient très agressive lorsqu’il s’agit de protéger ses petits. Avec ses organes génitaux qui ressemblent à s’y méprendre à ceux des mâles et ce grand clitoris aux allures de phallus, elle a trouvé l’astuce pour avoir la paix : un vagin qui se referme hermétiquement en dehors de la période de reproduction. Trop tard, passez votre chemin !

L’union fait la force

La coopération est très répandue dans le monde animal. Ce fameux monde de la jungle violent et sanguinaire que l’on nous a toujours décrit est en réalité composé aussi de partenariats, d’entente et d’amitié. On est plus forts à plusieurs. Particulièrement chez les femelles qui créent des réseaux pour se défendre les unes les autres, mais aussi protéger leurs petits.

  • Se sacrifier pour les copines. La chauve-souris est un exemple remarquable de ces liens très forts entre femelles. Elle organisent des crèches pour garder la joyeuse marmaille, jouent les nourrices quand une maman ne rapporte rien de la chasse ou adoptent son petit si elle se fait tuer. L’entraide va jusqu’au sacrifice : lorsque les femelles sont pleines et que les circonstances s’annoncent difficiles (qu’il n’y a pas assez d’insectes à manger ou que les températures sont extrêmes par exemple), certaines femelles se dévouent et s’auto-avortent. Comment ? On ne sait pas. Pourquoi elles et pas les autres ? On l’ignore. Ce sont elles qui prendront soin des futures mères et qui les soulageront en allant chasser et risquer leur vie pour les nourrir. Leur intelligence collective est telle que, dans ces conjonctures dangereuses pour l’espèce, les bébés qui naissent sont majoritairement des femelles, afin d’inciter de nouvelles naissances et d’aider la population à perdurer.
  • Communautés matriarcales. Girafes, éléphants, flamands rose, bisons, orques… de nombreux animaux vivent en sociétés de femelles. Quand ils sont ados, les mâles partent vivre leur vie afin d’éviter la consanguinité́. Les femelles restent alors, souvent dirigées par la grand-mère, la matriarche sage et expérimentée qui saura défendre sa famille et lui apprendre à se nourrir et à éviter les prédateurs. Parfois ces communautés sont dirigées de main de fer par une reine despotique. Chez les hyènes, les suricates ou les rats taupes, les mâles ne la ramènent pas !

D’ailleurs c’est quoi une femelle ?  Et un mâle ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître pour des humains qui aiment classifier les choses et s’organiser en schémas simples, la réponse à cette n’est pas évidente ! Notre vision conformiste du mâle et de la femelle n’existe pas dans la nature où tout semble autorisé avec la plus grande liberté́. La question du genre est très complexe et les hermaphrodites par exemple sont très nombreux : lombrics, coquilles Saint-Jacques, escargots…. Mais bien d’autres cas nous démontrent que rien n’est figé…

  • Fille ou garçon ? Parfois c’est un coup du hasard qui détermine votre sexe : exposition à la lumière, salinité ou PH de l’eau, nutrition, teneur en oxygène, nombre d’individus et concurrence possible… Ainsi les tortues aquatiques dépendent de la température. S’il fait 31 °C au minimum, la chaleur active les gènes qui forment les ovaires, et bébé́ sera une jolie petite fille. S’il fait moins de 27 °C, l’atmosphère favorise la fabrication de testicules et ce sera un beau garçon ! Une température moyenne repartit équitablement les bébés femelles et mâles.
  • Et en plus ça peut changer au cours de la vie ! Parce que décidément tout est possible dans la nature, le sexe dépend aussi des circonstances de la vie. Nos grenouilles rousses, par exemple, naissent toutes femelles. Elles deviennent mâles en fonction une fois de plus de la température. A l’inverse, les poissons-clowns naissent tous mâles et deviendront femelles pour monter dans la hiérarchie sociale. Une hiérarchie dominée par une femelle, plus grosse que les autres et plus agressive pour protéger sa famille. S’il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent, les poissons-clowns restent de petits mâles afin de limiter leurs besoins énergétiques.  Mais quand la cheffe meurt, son compagnon change de sexe pour devenir à son tour la femelle dominante. La guerre de succession est alors déclarée entre les jeunes mâles qui se mettent tous à grossir rêvant de devenir le mâle alpha, le compagnon de la femelle dominante (l’ex-copain de la cheffe, vous suivez ?). Bizarre, bizarre… Pas tant que ça car c’est grâce à cette étonnante plasticité́ sexuelle et comportementale, que les poissons- clowns parviennent à maintenir leur population en fonction des ressources alimentaires.


Ces quelques exemples fascinants nous montrent une fois de plus la richesse, l’inventivité et la liberté qui régissent la vie dans la nature. Elles nous présentent aussi des femelles malignes, autonomes, unies, courageuse… une belle inspiration pour nous les humaines qui en sommes encore à réclamer l’égalité des salaires ou le partage des tâches. De quoi faire gondoler de rire une chauve-souris !

Plus d’infos : L’animal féministe (Alisio sciences)


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