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Le chien, le bébé et les séquences manquantes : récit d’un malentendu ordinaire

Le chien, le bébé et les séquences manquantes : récit d’un malentendu ordinaire

Nous l’appellerons Louna.

Louna est une jolie Roumaine qui, plusieurs années plus tôt, avait fait des milliers de kilomètres pour rejoindre sa « famille pour la vie » en France.Louna vivait avec ses humains depuis plusieurs années. Elle y était devenue une chienne apaisée et pleine de vie, douce, stable et attentive. Elle avait traversé les saisons, les mouvements de la vie, les silences et les joies. Et puis un bébé est arrivé, tout se passait bien.

Louna observait, elle avait attentivement suivi la grossesse et accueilli ce nouveau membre de la famille.
Elle s’adaptait à la nouvelle organisation du quotidien, à la présence de ce nouveau venu, etc
Bref, Louna faisait ce que font les chiens quand on leur laisse le temps : elle intégrait.

Puis la famille est partie deux semaines en vacances … sans Louna.
Le bébé ne marchait pas encore. 
Louna est restée chez les grands-parents, loin du quotidien, loin des micro-évolutions.

Et au retour, le bébé se tenait debout, il commençait à marcher. 
Il avait changé de rythme, de posture, de langage corporel. 
Et Louna, elle, n’avait pas vu venir cette transformation.

Un jour, elle s’est jetée sur le bébé. 
Le père s’est évidemment interposé afin de protéger son enfant, croyant que Louna lui voulait du mal.
Mais, en réalité, l’action de Louna n’avait pas pour but de mordre l’enfant. 
Non, de son point de vue à ELLE, quelque chose clochait et son intention était en vérité de rétablir une situation qu’elle ne comprenait plus. 
Pour remettre de l’ordre dans un monde qui avait changé …. sans elle.

Les parents ont eu peur, c’est humain. 
Ils ont donc contacté l’association qui leur avait confié Louna. 
Ils ont préféré s’en séparer pour la sécurité de l’enfant …

Et c’est humain, compréhensible. 
L’émotionnel prend le dessus. 
La responsabilité parentale impose des choix rapides, cela paraît normal au plus grand nombre.

Pour autant, en prenant du recul sur cette situation, en l’observant avec un regard éthologique, on comprend autre chose : 

  • Le chien a besoin de suivre TOUTES les séquences de développement pour comprendre. En particulier dans ces périodes si spécifique d’évolutions continue et rapide que celle de la croissance d’un bébé.
  • Sans cela, il ne peut pas relier un bébé qui rampe à un bébé qui marche sans avoir vu les étapes intermédiaires. 
  • Il ne peut pas deviner que ce petit humain est le même que celui d’avant.

Et c’est là que réside le malentendu. 
Il ne s’agissait donc pas d’une réaction d’agressivité, mais d’une réponse face à une rupture de continuité, une perte de repères dans le quotidien de Louna.

Ce que cette histoire nous enseigne : 

  • Les chiens sont des observateurs sensibles 
  • Ils ont besoin de cohérence, de séquences, de présence 
  • Ils ne réagissent pas à l’intention mais à la perception

Et nous, humains, avons tendance à projeter nos peurs, nos interprétations, nos raccourcis sur eux. Nous ne prenons en compte que nos perceptions, nous leur prêtons des intentions sans analyse des circonstances.

Pourtant, vivre avec un animal, ce n’est pas seulement partager un espace. 
C’est apprendre à lire un monde qui ne parle pas notre langue. 
Comprendre que c’est exactement comme vivre dans un pays dont on ne connaît ni les codes, ni la langue, etc
Dans ce cas, que fait-on ? : on s’adapte, on observe, on questionne, on apprend …
Vivre avec un animal, c’est donc intégrer ses besoins dans nos projets, nos transitions, nos évolutions familiales, le tout, en prenant en compte ses perceptions, sa manière de décoder le monde, etc

Louna n’a pas échoué. 
Elle a été mise en défaut par une absence de lien, parce qu’elle n’a pas été prise en compte par ses humains. 
Pour eux, pour nous, nous pouvons, nous devons faire mieux.
À nous de penser la cohabitation comme une construction, pas comme une évidence.

Parce que nos compagnons ne sont pas des figurants mais des partenaires. 
Ils méritent plus que tout qu’on les inclue dans le récit de nos vies … pas qu’on les efface à la première incompréhension.

Alors, Louna a effectivement été abandonnée par cette famille pour en rejoindre une nouvelle « pour la vie ».
Aux dernières nouvelles, elle y est bien, a bien géré la transition et s’est bien adaptée à sa nouvelle vie (Combien n’y parviennent pas? 

Comien finissent en cage et attendront des mois, des années, voir le reste de leur vie un nouveau foyer, sans comprendre pourquoi ?, …).
Louna a eut de la chance.
Pourvu qu’elle ne soit plus jamais victime d’une mauvaise interprétation humaine…


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