Réjane Sénac : quand la question animale « entre par effraction » dans l’espace public
Le 30 septembre prochain, Sciences Po accueillera une soirée-débat d’exception pour la sortie de l’ouvrage Par effraction. Rendre visible la question animale (Stock / Philosophie magazine), signé par Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS et spécialiste des enjeux contemporains de l’égalité.
Une soirée pour croiser les voix du mouvement animaliste
La rencontre, organisée en trois temps, propose un dialogue riche entre chercheurs, militants, artistes et responsables associatifs.
- Avancées et résistances du mouvement animaliste : avec Brigitte Gothière (L214), Tiphaine Lagarde (269 Libération Animale), Christophe Marie (Fondation 30 millions d’amis) ou encore Jacques-Charles Fombonne (SPA).
- Donner à voir et entendre des alternatives : grâce à des artistes et activistes comme Willène Pilate (Veggie Pride) ou Typhaine D, qui explorent de nouvelles formes d’expression.
- La question animale comme défi politique : avec Lou Chesné (ATTAC), Melvin Josse (CAP), Douchka Markovic (Parti animaliste) et Claire Nouvian (Bloom).
Au cœur des échanges : comment la maltraitance animale, longtemps confinée aux marges du débat public, bouleverse aujourd’hui nos conceptions de l’égalité, de la justice et de la démocratie. Une séance de dédicaces est prévue dès 18h30, confirmant l’événement comme un moment à la fois intellectuel et citoyen.
« L’intime est politique » : la thèse de Réjane Sénac
Dans une récente intervention médiatique, Réjane Sénac a précisé les enjeux de son livre. Pour elle, la question animale est à la fois intime et politique :
- Intime, car elle touche à nos choix quotidiens – alimentation, habillement, loisirs.
- Politique, car elle interroge les structures collectives qui organisent notre rapport aux animaux, qu’ils soient dits domestiques, d’élevage ou sauvages.
Cette imbrication révèle un paradoxe profond : alors que 84 % des Français déclarent s’opposer à l’élevage intensif, 8 animaux sur 10 abattus en France en proviennent toujours. L’écart entre convictions éthiques et comportements de consommation illustre la difficulté d’une mise en cohérence individuelle et collective.

De la culpabilité individuelle au changement structurel
Sénac refuse l’écueil d’une culpabilisation individuelle : il ne s’agit pas de pointer du doigt le consommateur, mais de questionner un système fondé sur l’exploitation animale. Elle mobilise des concepts forts, comme celui de « nécropouvoir » développé par Achille Mbembe, pour montrer que la domination des animaux non humains s’inscrit dans la continuité des logiques d’oppression qui structurent nos sociétés.
Elle rappelle que les luttes antispécistes ne s’opposent pas aux combats contre le sexisme, le racisme ou les inégalités sociales. Au contraire, elles s’y imbriquent. L’animalisation des groupes humains discriminés – femmes, personnes racisées, handicapées ou précaires – a historiquement servi à justifier leur exclusion. Remettre en cause le spécisme, c’est donc aussi repenser la démocratie et élargir notre communauté politique à tous les êtres sensibles.
Une nouvelle étape pour la démocratie
Avec Par effraction, Réjane Sénac propose de voir la question animale comme une nouvelle frontière de la justice et de la solidarité. Inclure les animaux non humains comme des sujets de droit, c’est accepter de revisiter nos principes républicains – liberté, égalité, fraternité – en leur donnant une dimension élargie, non plus anthropocentrée mais inclusive.
La soirée du 30 septembre s’annonce ainsi comme un moment charnière : une occasion rare de mettre en débat, à la croisée de l’éthique, du politique et du sensible, ce que signifie « être humblement humain » dans une société qui se veut juste.
Pour assister à la Soirée lancement/débat : Réjane Sénac « Par effraction. Rendre visible la question animale » (gratuit sur inscription)
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