Transfert des dauphins de Marineland : le projet de Beauval relance le débat sur l’avenir des cétacés captifs en France
Un projet d’accueil inédit pour les dauphins issus des delphinariums français
L’avenir des cétacés encore présents dans les delphinariums français prend un tournant décisif. Le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a confirmé début novembre qu’un programme d’accueil est envisagé au ZooParc de Beauval pour les dauphins de Marineland (Antibes) et de Planète Sauvage (Loire-Atlantique).
Le projet repose sur la construction de sept bassins, dont trois lagons de grande taille, répartis sur 2,5 hectares. L’investissement, évalué à au moins 25 millions d’euros, sera intégralement financé par Beauval. Les travaux doivent débuter en février 2026, avec une ouverture envisagée à partir de mars 2027, sous réserve d’un accord final avec Marineland.
À ce stade, aucune solution n’a encore été arrêtée pour les orques de Marineland, pour lesquelles les recherches se poursuivent.
Les objectifs du projet selon l’État et Beauval
Selon le ministère, cette infrastructure doit permettre de répondre aux obligations posées par la loi de 2021, qui encadre strictement la captivité des cétacés et interdit les spectacles.
Présenté comme un centre d’études, de recherche et de conservation, l’espace accueillerait des dauphins issus de parcs fermés en France ou à l’étranger. Beauval insiste sur la dimension technique du futur site : équipes de soigneurs, vétérinaires spécialisés, et installation conforme aux normes les plus récentes.
Le directeur de Beauval, Rodolphe Delord, affirme avoir été sollicité par l’État pour porter ce projet, tout en indiquant qu’il pourrait être confié à un autre établissement en France si celui-ci disposait des compétences et des autorisations nécessaires.
Des ONG critiques : un « delphinarium de luxe » plutôt qu’un sanctuaire ?
Plusieurs organisations de protection animale expriment de fortes réserves. Quinze ONG – parmi lesquelles la SPA, One Voice, la Fondation Brigitte Bardot, l’ASPAS ou C’est Assez ! – estiment que le projet pourrait prolonger la captivité, plutôt que l’accompagner vers une sortie progressive, comme prévu par le législateur.
Elles pointent plusieurs éléments jugés problématiques :
- Maintien possible de la reproduction, perçu comme incompatible avec une logique de sanctuaire.
- Statut d’établissement zoologique, et non de sanctuaire, ouvrant la voie à des échanges ou transferts.
- Risque d’exploitation commerciale, malgré le discours officiel centré sur la recherche scientifique.
- Soutien de l’État, que ces ONG jugent contraire à l’esprit de la loi de 2021.
Elles affirment être prêtes à contester le projet devant la justice en cas d’autorisation administrative.
D’autres organisations, comme Sea Shepherd France, considèrent toutefois ce centre d’accueil comme une solution transitoire permettant d’éviter des transferts jugés défavorables vers des parcs hors d’Europe.
Les inquiétudes sur les transferts hors de l’Union européenne
Les débats ont été relancés par une lettre ouverte publiée par l’ONG C’est Assez ! et adressée à la ministre Agnès Pannier-Runacher. L’association y exprime ses préoccupations concernant les transferts récents observés dans plusieurs parcs européens.
Elle cite notamment :
- le transfert de dauphins du Zoo Aquarium de Madrid vers la Chine,
- l’envoi de cétacés du parc Attica (Grèce) vers les États-Unis.
Pour l’ONG, ces mouvements montrent que le transfert vers un établissement européen ne suffit pas à garantir l’absence d’exportation ultérieure vers des pays où les normes de bien-être animal sont moins strictes.
Elle rappelle également qu’un sanctuaire marin en Italie, à Tarente, serait prêt à accueillir certains dauphins de Marineland, et souligne que deux vétérinaires missionnés par le ministère ont rendu un avis favorable pour cette option en 2024.
Un enjeu national : trouver une solution pérenne pour les cétacés captifs
L’avenir des dauphins et des orques encore présents en France reste un sujet sensible. Entre impératifs légaux, attentes du public, contraintes techniques et positions divergentes des ONG, la recherche d’une solution partagée demeure complexe.
Le projet de Beauval représente aujourd’hui l’une des pistes les plus avancées, mais son acceptabilité – juridique, éthique et sociale – continue de faire l’objet de débats nourris.
Les prochaines décisions administratives, notamment concernant les autorisations de transfert et le cadre légal du futur site, devraient déterminer si cette infrastructure deviendra la solution retenue ou si d’autres alternatives, comme les sanctuaires marins étrangers, seront privilégiées.
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