Entre deux mondes
Un matin, tout récemment, un jeune Malinois, en fugue de chez lui est apparu devant chez nous, seul donc, sans humain à sa suite.
Soucieuse de savoir si je pouvais l’aider, je suis sortie.
Et il était encore là.
Pas menaçant. Sage mais … en mouvement (un Malinois quoi! )
Il entrait, sortait, explorait.
Je l’ai entendu aboyer, il était tout près.
Je l’ai appelé : « Viens bonhomme ! ».
Et il est arrivé, il est venu tout joyeux à ma rencontre.
Son langage corporel était tout entier accueillant et positif.
Son sourire large et vrai du chien qui aime les humains.
Je suis sortie donc. Pas pour le capturer.
Pour le rencontrer.
Et dans ce simple échange, quelque chose s’est ainsi posé.
Un accord tacite : je ne suis pas un danger, tu ne l’es pas non plus.
Puis la voiture de la police municipale est arrivée.
Le policier descend, tendu.
Le chien lui avait été signalé, il était à sa recherche.
Il me voit interagir avec le chien, joyeuse, ouverte, félicitante.
Et il me lance, d’un ton sec :
« Attendez, c’est un chien, on ne sait jamais ses réactions. J’ai déjà vu des gens se faire mordre. »
Je l’ai regardé.
Et j’ai vu autre chose que de la prudence.
Ce que j’ai vu c’est une absence de lecture.
J’ai vu un homme qui a, parmi ses nombreuses missions, celle de gérer des animaux signalés en errance, le tout … sans jamais avoir appris à lire les codes canins, ni les comprendre ceux qui ne s’expriment pas comme lui.
Observation, analyse, décryptage devraient pourtant faire parti de ses compétences métiers, enfin, il me semble!
Cela devrait être essentiel dans un métier touchant au social et au vivant.
Parce que, pour ma part, et avec expérience, ce chien, moi je l’avais déjà lu.
En quelques secondes :
– Il revenait au rappel
– Il se montrait sociable
– Il se laissait manipuler sans tension
– Il n’avait ni grogné, ni retroussé les babines
– Il avait besoin de calme, pas de contrôle

Son comportement, à ce moment précis, était positif, de ceux que l’on attend d’un chien intégré dans une société humaine.
Et cela doit être célébré pour le lui faire comprendre, célébré pour activer son circuit de la récompense, célébré pour qu’il l’enregistre et le reproduise.
C’est cela l’éducation canine et chaque occasion de leur permettre d’enregistrer ce qui est accepté… ou pas, n’est jamais inutile, bien au contraire !
Ce chien n’était pas un danger.
Mais il aurait pu le devenir… si on l’avait effrayé, brusqué, incompris.
Pas par “méchanceté”.
Mais par réaction de défense.
Et ça, dans une société qui ne comprend ni n’accepte la différence : ça ne passe pas!
Et donc, on a peur de la différence par principe, par anticipation !
Et cela doit changer !
Car c’est là que réside le vrai danger :
– Dans l’incompréhension
– L’absence de compétence relationnelle.
– L’absence de lecture fine.
– L’absence de lien.
– Dans la rigidité émotionnelle
Au sein du Vivant, les signaux sont subtils.
Les codes sont précis.
Les malentendus peuvent coûter cher.
Une autre rencontre, il y a bien des années, me l’a, quand à elle, bien fait comprendre.
Elle ne cherchait pas d’aide humaine. Je l’ai alors, bien entendu, respecté et rien ne m’est arrivé.
J’ai appris plus tard qu’elle était rentrée chez elle d’elle-même.
Mais là encore, une mauvaise lecture, une réaction sans contrôle ni compréhension aurait pu mal se terminer.
Mais personne n’aurait eut la présence d’esprit de remettre l’humain en cause. Personne.
Le chien, toujours le chien!
Et donc, ce matin-là, avec ce jeune Malinois, j’ai vu deux mondes se croiser :
– Celui du Vivant, qui cherche le lien
– Celui du contrôle, qui craint ce qu’il ne comprend pas
Et moi, au milieu, j’ai choisi mon camp.
Celui de la lecture.
Celui de la joie avec cet individu en particulier, répondant à .
Celui de la coopération et de la cohabitation !
Parce que lire un animal, c’est déjà le protéger LUI, mais également nous, un moyen parmi les meilleurs de limiter ces risques de morsures tant redoutés !
Enfin, protéger, c’est aussi et surtout respecter !
Mais tout cela s’apprend et pour cela, il faut des formations obligatoires et encadrées, des formateurs et des humains qui s’engagent.
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